Les avis consommateur : jusqu’où pouvez-vous aller ?

Si l’on sait qu’en matière d’e-commerce et d’e-service la parole appartient désormais aux consommateurs et utilisateurs, il semblerait pourtant que certaines limites doivent être respectées. C’est notamment ce qu’atteste cette décision du Tribunal de Grand Instance de Bordeaux à l’encontre d’une blogueuse.  10 mois après la publication d’un avis très négatif sur un restaurant du Cap-ferret, le TGI a décidé de condamner l’auteur de la critique à une amende de 1500 euros, à laquelle s’ajoutent les frais de procédure, d’une valeur de 1000euros.

L’article en question portait le nom « L’endroit à éviter au Cap-Ferret » et dénonçait les déboires qu’avait rencontrés la jeune femme en s’y rendant. Il faisait également part du nom et de l’adresse de l’établissement.

Suite à sa condamnation, la blogueuse en question a réagi en évoquant la disproportion de la condamnation face à la critique : « Si les blogueurs n’ont pas la liberté de faire des critiques négatives, les critiques positives n’ont plus aucun sens non plus. »

Cette phrase pose une question essentielle en matière d’avis consommateur : peut-on tout dire ? Si aujourd’hui les sites d’e-commerce semblent faire la chasse aux faux avis consommateurs, ce que l’on comprend très bien, qu’en est-il pour une personne qui a réellement testé un établissement et qui souhaite donner son avis ?

Dans cette affaire, la blogueuse était jugée pour « dénigrement » ce qui d’après les avocats nécessitait de prouver qu’il y avait une réelle « intention de nuire ».Or ici, l’article est-il réellement rédigé dans l’intention de nuire, ou simplement car il représente la pensée de son auteur ?

tribunal

Les deux parties ont leur vision de la chose. Pour la blogueuse, il s’agit d’une réelle incompréhension : « Ils ne m’ont même pas demandé de supprimer l’article ou de modifier le titre avant de m’attaquer en référé [procédure judiciaire d'urgence]. J’ai donc été complètement prise de cours et j’ai choisi de ne pas prendre d’avocat pour des raisons pratiques, je n’avais même pas le temps d’en trouver un ! »

Pour la restauratrice au contraire, il s’agit d’une bonne décision : « La blogueuse est venue une seule fois dans le restaurant : je m’en souviens très bien alors que je sers 300 personnes par jour, c’est vous dire si elle était aimable. Et elle écrit un article où elle qualifie une de mes serveuses de harpie. Je ne peux pas laisser passer ça. Peut-être qu’il y a eu des erreurs dans le service, ça arrive parfois en plein mois d’aout, je le reconnais. Mais cet article montait dans les résultats Google et faisait de plus en plus de tort à mon commerce, alors qu’on bosse sept jours sur sept depuis 15 ans, je ne pouvais pas l’accepter. On peut critiquer mais il y a une façon de le faire, dans le respect, ce qui n’était pas le cas ici. Maintenant la justice s’est prononcé et pour moi l’affaire est close »

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Suite à cette décision, la blogueuse a décidé de ne pas faire appel et de supprimer d’elle-même l’article, alors que la décision du TGI l’obligeait uniquement à en modifier le titre.

 

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